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L'Union européenne déploie en 2026 plusieurs nouvelles réglementations environnementales dans le cadre du Green Deal (Pacte vert) qui transformeront les conditions d'accès au marché européen pour les produits agroalimentaires.
Ces mesures visent à renforcer la durabilité, la traçabilité et la conformité environnementale des marchandises importées, afin d'atteindre la neutralité carbone en 2050.
Pour le Maroc, dont l'UE est le premier débouché (50% du volume export), les exportateurs de fruits et légumes devront s'adapter pour rester compétitifs.
Ce rapport présente :
- Les mises à jour du Green Deal pertinentes en 2026
- Les nouvelles exigences d'étiquetage
- Le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF/CBAM)
- Un calendrier d'entrée en vigueur
- L'analyse d'impact sur les exportateurs marocains
- Des recommandations pratiques
1. Green Deal 2026 : Nouvelles normes de durabilité et traçabilité
Le Green Deal européen se traduit en 2026 par un durcissement des normes environnementales et climatiques imposées aux produits agroalimentaires importés.
Réduction de l'empreinte carbone des produits
L'UE tend à exiger une empreinte climatique plus faible tout au long du cycle de vie des produits. Des réglementations sur l'empreinte carbone des marchandises sont en cours de mise en place.
Ce que cela implique :
- Adoption de pratiques agricoles bas-carbone
- Utilisation d'énergie renouvelable
- Optimisation de l'efficacité énergétique
- Transport maritime « vert »
- Possibilité future de mesurer et déclarer l'empreinte carbone des produits exportés
Les importateurs et distributeurs européens privilégient de plus en plus les fournisseurs à faible impact climatique, tendance accélérée par la sensibilisation des consommateurs aux produits éco-responsables.
Usage responsable des intrants et pesticides
L'UE poursuit le resserrement des limites maximales de résidus (LMR) de pesticides dans les fruits et légumes, au nom de la sécurité sanitaire et environnementale.
Évolutions clés en 2025-2026 :
| Substance | Nouvelle LMR | Changement |
|---|---|---|
| Bifénazate | 0,01 mg/kg | Drastique |
| Thiaclopride | 0,01 mg/kg | Drastique |
| Acétamipride | 0,01 mg/kg | Drastique |
| Fipronil | 0,001 mg/kg | Quasi-nulle |
| Abamectine | 0,006 mg/kg | Quasi-nulle |
| Oxamyl | 0,006 mg/kg | Quasi-nulle |
Un programme de contrôles renforcés aux frontières de l'UE sur 2026–2028 augmente le nombre d'analyses des produits importés — notamment en provenance du Maroc — pour vérifier le respect de ces nouvelles normes.
Important : Les exportateurs devront adapter leurs pratiques phytosanitaires (agriculture intégrée, alternatives biocontrôle) afin de garantir que les fruits et légumes exportés respectent ces seuils stricts, faute de quoi l'accès au marché peut être compromis.
Le ministre marocain de l'Agriculture souligne que ces exigences, bien que contraignantes, sont aussi l'opportunité de moderniser les pratiques agricoles nationales vers plus de durabilité.
Conformité sanitaire et phytosanitaire renforcée
En lien avec la stratégie « De la Ferme à la Table » (Farm to Fork), l'UE vise une production alimentaire plus sûre et durable.
Points de vigilance :
- Nouvelles interdictions de substances actives dangereuses
- Plans de surveillance des résidus intensifiés
- Certificat sanitaire obligatoire (exemption d'organismes nuisibles)
- Traçabilité fine du champ jusqu'à l'export
Lutte contre la déforestation et traçabilité de l'origine
L'UE a adopté en 2023 un Règlement interdisant l'importation de produits issus de la déforestation (cacao, café, huile de palme, etc.). Bien que les fruits et légumes ne soient pas directement concernés à ce stade, cette logique de traçabilité renforcée pourrait s'étendre.
L'initiative européenne du Product Environmental Footprint (PEF) vise à uniformiser l'évaluation de l'impact environnemental des produits sur 16 critères :
- CO₂
- Eau
- Pollution
- Biodiversité
- Et autres impacts environnementaux
À terme, l'UE pourrait exiger des déclarations environnementales normalisées pour chaque produit. Les entreprises marocaines doivent se préparer à mesurer ces paramètres.
Exigences sur les emballages et déchets
Dans le cadre de l'économie circulaire, l'UE révise la législation sur les emballages. D'ici 2025–2030, des obligations s'appliqueront progressivement :
- Réduction des emballages inutiles
- Interdiction de certains plastiques à usage unique
- Taux minimum de contenu recyclé
- Nouveaux logos de recyclage harmonisés
Exemple : Dès 2025, la France interdit les emballages plastiques pour la plupart des fruits et légumes frais.
Les exportateurs devront adapter le conditionnement (matériaux recyclables ou compostables, limitation du suremballage).
2. Nouvelles exigences d'étiquetage pour les produits agroalimentaires
L'UE introduit ou discute de nouvelles règles d'étiquetage en 2025–2026 visant à mieux informer les consommateurs.
Étiquetage de l'origine géographique
Depuis le 1er janvier 2025, l'UE a étendu l'obligation d'indiquer le pays d'origine à des produits qui en étaient auparavant exemptés :
- Fruits secs et noix
- Champignons sauvages
- Produits prêts à cuisiner
- Bananes mûries
Cas particulier : Produits du Sahara occidental
Suite à un arrêt de la CJUE en 2024, la Commission européenne et le Maroc se sont accordés en octobre 2025 sur un nouvel étiquetage. Dorénavant, les fruits et légumes cultivés au Sahara occidental sous contrôle marocain devront porter :
- La mention de la région administrative marocaine (« Dakhla » ou « Laâyoune »)
- Au lieu de la seule mention « Maroc »
- Sans utiliser le terme « Sahara occidental »
Ce compromis, entériné par un règlement délégué fin 2025, consolide la coopération commerciale UE-Maroc tout en apportant plus de transparence.
Action requise : Les exportateurs marocains concernés doivent mettre à jour leurs étiquettes et documents douaniers dès 2026.
Affichage de l'empreinte carbone et labels « durables »
Des initiatives émergent pour afficher un score environnemental sur les aliments (étiquetage carbone ou éco-score). Au niveau européen, la Commission travaille sur un cadre harmonisé pour un affichage environnemental des produits alimentaires.
Situation par pays :
- France : Expérimentations depuis 2022, déploiement obligatoire prévu d'ici 2026–2027
- Belgique, Espagne, Allemagne : Adoption volontaire du Nutri-Score
Les exportateurs marocains desservant la grande distribution française pourraient être tenus de fournir les données nécessaires (ex. kg CO₂ émis par kg de fruit).
Attention au greenwashing :
À partir de 2026, les allégations du type « produit neutre en carbone » basées uniquement sur de la compensation carbone seront interdites.
Un exportateur ne pourra plus mettre en avant un label privé « 100% compensé CO₂ » sans enfreindre les règles européennes.
Recommandation : Communiquer plutôt sur des labels officiels ou des preuves concrètes :
- Certification ISO 14067 d'empreinte carbone
- Agriculture biologique
- GlobalG.A.P.
Labels de durabilité et certifications
Pour faciliter l'accès au marché UE, le Maroc lance son propre label qualité et durabilité via Morocco Foodex (en partenariat avec la FAO, la BERD et l'UE).
Caractéristiques du label Morocco Foodex :
- Opérationnel dès fin 2024
- Trois piliers : durabilité sociale, environnementale et qualité
- Cahier des charges de bonnes pratiques
- Véritable sésame pour pénétrer le marché européen
Certifications tierces demandées par les importateurs :
- GlobalG.A.P (bonnes pratiques agricoles)
- Rainforest Alliance
- Fair Trade
- Agriculture Biologique (Eurofeuille)
Informations nutritionnelles (étiquetage frontal)
L'UE envisage d'harmoniser l'étiquetage nutritionnel « front-of-pack » d'ici fin 2026. L'objectif est d'instaurer un système unique dans tous les États membres, similaire au Nutri-Score.
Les débats entre pays (pro-Nutri-Score vs opposants comme l'Italie) ont retardé la décision. En France, l'Assemblée nationale a voté le principe de rendre le Nutri-Score obligatoire en novembre 2025, mais le Sénat s'y est opposé.
À noter : Les fruits et légumes frais non transformés restent généralement exemptés d'étiquetage nutritionnel détaillé.
3. Le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF/CBAM) en 2026
L'ajustement carbone aux frontières de l'UE — connu sous l'acronyme MACF ou CBAM — entre en vigueur de manière opérationnelle le 1er janvier 2026.
Fonctionnement du MACF
À partir de 2026, les importateurs européens de certains produits à forte intensité de CO₂ devront acheter des certificats carbone équivalents aux émissions imputables à la fabrication de ces produits.
Caractéristiques :
- Prix indexé sur le cours du quota carbone européen (ETS)
- Déduction possible du carbone pricing déjà payé dans le pays d'origine
- Objectif : équité entre producteurs européens et importateurs
Périmètre en 2026
Durant la première phase, le MACF cible un nombre limité de secteurs gros émetteurs :
| Secteur | Concerné |
|---|---|
| Acier et fer | ✅ |
| Ciment | ✅ |
| Aluminium | ✅ |
| Engrais (azotés) | ✅ |
| Électricité | ✅ |
| Hydrogène | ✅ |
| Fruits et légumes | ❌ |
Bonne nouvelle : Les fruits et légumes ne sont pas directement visés à ce stade. Un importateur de tomates marocaines en 2026 n'aura pas de certificats carbone à acquitter.
Cependant, un importateur d'engrais phosphatés depuis le Maroc (produit fortement émetteur de GES) devra se conformer au MACF. Le Maroc, important fournisseur d'engrais via l'OCP, est concerné sur ce segment : environ 3,7% des exportations marocaines vers l'UE entrent dans le champ du MACF en 2026.
Impact indirect sur la filière agricole
Bien que les fruits et légumes ne paient pas de taxe carbone aux frontières en 2026, le MACF aura des effets indirects :
1. Coût des engrais en hausse Les producteurs d'engrais les plus polluants devront intégrer ce coût carbone, ce qui peut renchérir le coût de production agricole au Maroc.
2. Extension progressive prévue L'UE prévoit d'étendre le MACF après 2026 à :
- D'autres produits
- Aux émissions indirectes
- Aux produits en aval des secteurs couverts
3. Coût du transport accru En parallèle du MACF, l'UE intègre le secteur maritime et aérien dans son marché carbone. Dès 2024, les armateurs doivent acheter des quotas CO₂ pour les émissions des navires faisant escale en Europe.
Conséquence : Faire acheminer des fruits et légumes par bateau vers l'Europe coûtera plus cher en 2026.
Obligations des importateurs
| Phase | Période | Obligations |
|---|---|---|
| Transitoire | 2023–2025 | Reporting trimestriel des émissions (sans paiement) |
| Définitive | À partir de 2026 | Achat de certificats MACF basé sur les émissions |
Les exportateurs marocains dans les secteurs couverts ont intérêt à :
- Mesurer précisément leurs émissions de production
- Documenter et faire certifier ces données
- Aider leurs importateurs à minimiser le coût du MACF
4. Calendrier d'entrée en vigueur (2024–2026)
| Réglementation | Obligations clés | Date |
|---|---|---|
| Normes de commercialisation fruits & légumes | Étiquetage obligatoire du pays d'origine étendu | 1er janvier 2025 |
| Limites Maximales de Résidus (LMR) | Abaissement drastique, contrôles renforcés | 2025-2026 |
| Accord UE–Maroc étiquetage origine (Sahara) | Mentions régionales « Dakhla » ou « Laâyoune » | 3 octobre 2025 |
| Directive anti-greenwashing | Interdiction allégations « neutralité carbone » sans preuve | Mi-2026 |
| MACF/CBAM | Achat de certificats carbone obligatoire | 1er janvier 2026 |
| Étiquetage nutritionnel front-of-pack | Système unique UE envisagé | Fin 2026 (objectif) |
5. Impacts spécifiques sur les exportateurs marocains
Coûts de production en hausse
L'adaptation aux nouvelles normes engendrera des coûts additionnels :
- Remplacement de pesticides retirés par des alternatives plus coûteuses
- Récolte plus précoce ou délais de sécurité allongés (impact sur rendements)
- Analyses en laboratoire multipliées
- Investissements durables (irrigation solaire, chaudières biomasse, froid économe)
- Certifications (audits, mise à niveau des pratiques)
Accès au marché conditionné
L'accès au marché européen sera de plus en plus conditionné par le respect des standards :
- Lots non conformes refusés aux frontières
- Importateurs privilégiant les fournisseurs en règle
- Avantage compétitif pour les exportateurs proactifs
Risque : Perte de parts de marché au profit de concurrents mieux préparés.
Délais et formalités accrus
- Documents d'export intégrant les nouveaux éléments
- Contrôles douaniers et sanitaires intensifiés
- Risque de blocage des envois avec documentation incomplète
Adaptation logistique
- Coût du transport en hausse (surcote carbone)
- Optimisation nécessaire du remplissage des camions
- Investissement dans des véhicules plus efficients
- Nouvelles solutions d'emballage (caisses recyclables, bacs réutilisables)
6. Recommandations pratiques pour rester compétitif
1. Surveiller et anticiper la réglementation
- Veille réglementaire active sur l'UE
- S'inscrire aux bulletins officiels (Commission européenne, DG SANTE, DG AGRI)
- Participer aux ateliers de sensibilisation (Morocco Foodex)
- Anticiper les changements (tester des alternatives avant les interdictions)
2. Adapter les pratiques agricoles et la gestion des résidus
Actions concrètes :
- Former les agriculteurs aux bonnes pratiques
- Réduire les doses de pesticides
- Allonger les délais avant récolte
- Adopter des méthodes biologiques (rotation culturale, lutte biologique, variétés résistantes)
- Travailler avec des laboratoires accrédités pour contrôles réguliers
3. Investir dans la durabilité et la certification
Investissements recommandés :
- Panneaux solaires ou bio-digesteurs
- Systèmes d'irrigation économes
- Emballages écologiques
- Optimisation du transport
Certifications à viser :
- Label Morocco Foodex « Qualité-Durabilité »
- GlobalG.A.P. (bonnes pratiques agricoles)
- ISO 14001 (gestion environnementale)
- GRASP (responsabilité sociale)
4. Renforcer la traçabilité et la transparence
- Systèmes de traçabilité numérique (QR codes, blockchain)
- Fournir volontairement des données environnementales
- Former les équipes commerciales à communiquer de manière honnête
- Éviter tout greenwashing
5. Optimiser la logistique et la chaîne froide
- Diversifier les modes d'expédition (maritime vs routier)
- Regrouper les cargaisons pour maximiser le taux de remplissage
- Améliorer l'efficience de la chaîne du froid (isolation, capteurs IoT)
- Prévenir le gaspillage alimentaire
6. Monter en compétence et sensibiliser
- Formations pour agronomes, responsables qualité, ouvriers agricoles
- Participer aux tournées de sensibilisation Morocco Foodex
- Rester à l'écoute des importateurs européens
7. Développer des produits à plus forte valeur ajoutée
Stratégies de montée en gamme :
- Cibler les segments premium (bio, Label Rouge)
- Développer des produits transformés (jus frais, fruits séchés)
- Rechercher de nouveaux marchés hors UE (Golfe, Asie, Afrique)
Conclusion
En adoptant ces recommandations, les exportateurs marocains pourront convertir la contrainte réglementaire en avantage compétitif.
Le Green Deal européen, loin d'être une simple barrière, peut devenir un levier de modernisation pour l'agriculture marocaine, la poussant vers plus de qualité, de sécurité et de durabilité — des atouts appréciés partout dans le monde.
En résumé, il s'agit de « verdir » l'ensemble de la filière fruits et légumes pour continuer à faire rayonner les produits du Royaume sur les étals européens, dans le respect des nouvelles exigences de 2026 et au-delà.
Sources : Commission européenne, DG SANTE, DG AGRI, L'Économiste, Le360, AGQ Labs, Team France Export, Ministère français de l'Agriculture, CESE Maroc, Le Matin du Maroc