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Les exportations agroalimentaires du Maroc se sont maintenues à un niveau élevé en 2025, malgré un contexte climatique difficile. D'après l'Office des Changes, le secteur Agriculture et agroalimentaire a généré près de 78,8 milliards de dirhams d'exportations sur les 11 premiers mois de 2025, un niveau quasiment stable par rapport à 2024 (–0,2% sur un an).
Sur l'ensemble de l'année 2024, ces exportations agroalimentaires avaient atteint 85,8 milliards de dirhams, en hausse de +3,1% par rapport à 2023. L'Union européenne demeure de loin le premier débouché, absorbant environ 60% des exportations agricoles marocaines.
Chiffres clés des exportations 2025 Maroc–UE
En 2024, la valeur des produits agroalimentaires marocains importés par l'UE s'élevait à 3,45 milliards d'euros, en progression de +8,3% par rapport à 2023.
Les données partielles de 2025 confirment cette tendance haussière : au 1er trimestre 2025, les importations agroalimentaires de l'UE en provenance du Maroc ont augmenté de +14% en valeur (atteignant 1,12 milliard €) par rapport au début 2024, ce qui laisse présager un nouveau record annuel.
Fruits et légumes : pilier des exportations vers l'UE
Les fruits et légumes frais constituent l'essentiel des envois marocains vers l'Europe, représentant plus de 80% de la valeur agroalimentaire exportée. En 2024 :
| Catégorie | Valeur (M€) | Part du total |
|---|---|---|
| Légumes (tomates, poivrons, haricots) | 1 685 | 49% |
| Fruits et fruits secs | 1 183 | 34% |
| Huile d'olive et olives | 161 | 4,7% |
| Préparations alimentaires | ~150 | 4-5% |
L'huile d'olive a connu une forte hausse de +31% en 2024, témoignant de la demande croissante pour les produits marocains de qualité.
Volumes exportés significatifs
En termes de volumes, le Maroc s'est affirmé comme un fournisseur majeur du marché européen. Près de 1,42 million de tonnes de fruits et légumes marocains ont été importés par l'UE en 2024.
Parmi ceux-ci, la tomate marocaine occupe la première place avec environ 580 000 tonnes expédiées en 2024/25, suivie par d'autres légumes (poivrons, haricots verts) et des fruits phares comme les agrumes et les avocats.
Ce poids volumique souligne l'importance stratégique du Maroc dans l'approvisionnement alimentaire de l'UE, en particulier pendant l'hiver européen.
Tendances marquantes en 2025
En 2025, plusieurs tendances clés ont façonné les échanges agroalimentaires entre le Maroc et l'UE.
1. Progression continue des tomates marocaines
La tomate demeure le produit phare des exportations marocaines vers l'UE. Sur la dernière décennie, les ventes de tomates marocaines à l'UE ont augmenté de +41% (campagnes 2015/16 à 2024/25), atteignant 574 000 tonnes sur la saison 2024/25.
Le Maroc a ainsi consolidé sa place de premier fournisseur de tomates de l'UE, dépassant désormais l'ensemble de l'Espagne en volume. En 2024/25, les expéditions marocaines (574 kT) ont même dépassé le total des exportations espagnoles (520 kT).
Cette inversion de tendance s'explique par :
- La compétitivité marocaine (coûts de production moindres)
- Le calendrier favorable de production
- Le recul de la production espagnole (–33% sur 10 ans)
Malgré la baisse des volumes espagnols, la valeur des tomates espagnoles a augmenté grâce à la hausse des prix moyens (de 1,02 € à 1,71 €/kg), signe d'une demande européenne solide que le Maroc a pu capter en offrant des tomates à prix compétitif (~1,83 €/kg en moyenne côté marocain).
Cette montée en puissance a fait du Maroc un pilier central de l'approvisionnement européen en tomate toute l'année, ce qui renforce la sécurité alimentaire du continent.
2. Boom des fruits rouges et avocats
2025 a confirmé l'essor de nouvelles filières d'exportation. En particulier, la myrtille marocaine (bleuet) s'est imposée comme le fruit vedette de l'année 2025, grâce à une croissance exceptionnelle de la production et des exportations.
Chiffres clés myrtilles :
- 83 000 tonnes exportées en 2024
- 4e rang mondial des exportateurs de myrtilles
- Croissance moyenne de +43%/an depuis 2009
- 7 500 hectares cultivés en 2025
Cette progression fulgurante repose sur :
- Des investissements massifs
- L'extension des superficies
- L'avantage de calendriers de contre-saison très prisés sur les marchés européens
Explosion de l'avocat marocain :
Au premier trimestre 2025, les importations d'avocats marocains par l'UE ont :
- Doublé en volume (+101%) pour atteindre 62 700 tonnes
- Généré 176,7 M€ de chiffre d'affaires (+79%)
Cette montée en puissance des fruits tropicaux et rouges illustre la diversification du panier exportateur marocain, tirant parti de la demande européenne pour de nouveaux produits à haute valeur.
3. Agrumes : rebond des expéditions vers l'UE malgré les aléas
La filière agrumicole marocaine a traversé des moments contrastés. Après une forte baisse de production en 2022-2024 due à la sécheresse, 2025 a vu une amélioration relative de la récolte et surtout une opportunité sur le marché européen.
La récolte d'agrumes de l'UE étant au plus bas en 16 ans (–11% en 2025/26, notamment en Espagne), les importations européennes d'agrumes ont bondi. Le Maroc en a largement profité : sur la saison 2024/25, les expéditions marocaines de petits agrumes vers l'UE ont bondi de plus de 60% par rapport à la moyenne quinquennale.
Cas frappant : l'Espagne importatrice
Un cas frappant est celui de l'Espagne — traditionnellement exportatrice — qui a dû importer des agrumes marocains en volumes sans précédent :
| Période | Importations espagnoles | Évolution |
|---|---|---|
| Jan-Oct 2024 | 7 300 tonnes | Base |
| Jan-Oct 2025 | 27 300 tonnes | +272% |
Le Maroc est même devenu le premier fournisseur de mandarines de l'Espagne en 2025, avec 17 000 t exportées (5 fois plus qu'en 2024), éclipsant des concurrents comme l'Afrique du Sud.
Cette percée s'explique par la faiblesse de la récolte espagnole (–8%) et la compétitivité prix des agrumes marocains. Elle a toutefois suscité des tensions : les producteurs espagnols, mis en difficulté, dénoncent la concurrence marocaine et appellent à un durcissement des règles phytosanitaires.
4. Légère érosion des exportations transformées
Contrairement aux produits frais, certains segments ont marqué le pas en 2025 :
- Industrie alimentaire (conserves, produits agro-industriels) : –4% sur les 11 premiers mois
- Produits de la pêche : –7% sur la même période
Ces baisses reflètent peut-être des tensions sur les coûts ou une demande internationale atone pour ces produits transformés. Néanmoins, elles ont été compensées par la vigueur des produits agricoles bruts (+4,4% pour l'agriculture, sylviculture et chasse).
Opportunités pour les exportateurs marocains en 2026
Face à ces tendances, l'année 2026 s'ouvre sur d'importantes opportunités pour les exportateurs agroalimentaires marocains en Europe.
1. Consolider les gains de parts de marché
La dépendance accrue de l'UE aux importations marocaines (illustrée par la place centrale du Maroc en hiver pour les tomates ou les agrumes) est une occasion à saisir.
Les fournisseurs marocains peuvent fidéliser les acheteurs européens en garantissant un approvisionnement :
- Régulier
- Compétitif
- Conforme aux normes
Le repositionnement du Maroc comme « pilier » de la sécurité alimentaire hivernale de l'Europe ouvre la voie à des contrats à long terme avec la grande distribution européenne.
2. Diversification et montée en valeur
Les succès récents des fruits rouges (myrtilles, framboises) et des avocats démontrent le potentiel de diversification au-delà des cultures traditionnelles.
Stratégies recommandées :
- Investir dans les filières à forte valeur ajoutée
- Développer les produits biologiques
- Cibler les fruits tropicaux de niche
- Améliorer la qualité et le branding « Made in Morocco »
- Adopter un conditionnement premium et des labels de qualité
Comme l'a souligné le ministère de l'Industrie, améliorer la valorisation du « Made in Morocco » renforcera la compétitivité et les marges à l'export.
3. Opportunités régionales et accords commerciaux
L'amendement historique de l'accord agricole UE–Maroc signé le 2 octobre 2025 offre de nouvelles perspectives. En intégrant officiellement les produits des provinces du Sud (Sahara) dans le régime préférentiel européen, cet accord :
- Élargit la zone de production éligible pour l'export vers l'UE
- Permet des conditions tarifaires optimales
- Assure la traçabilité et la reconnaissance de l'origine
Les régions de Dakhla et Laâyoune, connues pour leurs cultures de tomates, melons et poissons, peuvent désormais exporter vers l'Europe avec reconnaissance de leur origine.
Plus largement, le partenariat commercial avec l'UE (plus de 60 Mds € d'échanges tous secteurs confondus) se consolide, offrant un cadre favorable à la croissance des exportations agroalimentaires du Royaume.
4. Innovation agronomique et adaptation climatique
Pour pérenniser ces opportunités, le Maroc devra continuer à innover face aux défis climatiques et réglementaires.
Priorités :
- Efficience hydrique et irrigation de précision (goutte-à-goutte, recyclage des eaux)
- Anticiper les normes européennes qui se durcissent
- Qualité sanitaire et environnementale (traçabilité, réduction de l'empreinte hydrique)
- Certifications GlobalGAP, bio, etc.
Les exportateurs marocains misent de plus en plus sur ces critères pour conforter leur accès au marché européen. Cette montée en qualité représente non seulement un moyen de se différencier face à la concurrence, mais aussi de répondre aux attentes des consommateurs et distributeurs européens en 2026 et au-delà.
5. Renforcement de la transformation locale
Une opportunité à moyen terme réside dans le développement de l'industrie agroalimentaire locale orientée export.
Pistes de développement :
- Conservation et surgelé
- Jus et concentrés
- Huiles essentielles
- Produits finis et conditionnés
- IVème gamme (produits prêts à l'emploi)
Transformer les surplus d'agrumes en jus ou concentré peut lisser les revenus des producteurs et fournir des produits exportables à plus longue durée de vie. Ces investissements pourraient répondre à la demande européenne pour la praticité, tout en augmentant la valeur ajoutée captée au Maroc.
Conclusion
Le bilan 2025 des exportations agroalimentaires Maroc–UE met en lumière une relation commerciale dynamique et en évolution. Les chiffres record enregistrés dans plusieurs filières témoignent du savoir-faire marocain et de la complémentarité saisonnière avec l'Europe.
Les tendances — qu'il s'agisse de la domination sur la tomate, de l'essor des nouveaux fruits ou de la reconquête du marché des agrumes — confirment que le Maroc est en train de s'imposer comme un acteur agroalimentaire incontournable pour l'Union européenne.
Pour 2026, l'enjeu sera de capitaliser sur ces acquis en :
- Renforçant la résilience (climatique et réglementaire) des filières
- Diversifiant les produits
- Continuant à bâtir une image de marque solide
Les exportateurs marocains, en adaptant leurs stratégies à ces évolutions, sont idéalement placés pour tirer parti des opportunités offertes par un marché européen en quête de fiabilité, de qualité et de nouveaux goûts.
Sources : Office des Changes, Eurostat, Commission européenne (DG AGRI), FreshPlaza, AgriMaroc, Morocco World News, Le360, Bladi.net